Cuisine · 28 septembre 2026
Soft power culinaire africain : injera, café, thiéboudienne
La cuisine comme outil de rayonnement : l'exemple éthiopien (injera, café) et sénégalais (thiéboudienne, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2021), et ce que cela change à Dakar.

Le soft power culinaire désigne la capacité d'un pays à séduire, à faire connaître sa culture et à créer de la sympathie par sa cuisine. L'Éthiopie et le Sénégal en donnent deux exemples parlants : l'injera et la cérémonie du café d'un côté, le thiéboudienne, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2021, de l'autre. À Dakar, ge'eza met les deux à la même table.
Pourquoi la cuisine est un outil de rayonnement
Un plat se comprend sans traduction. Il évoque un pays, un paysage, des gestes, une manière d'accueillir. C'est pourquoi les États et les institutions s'intéressent de plus en plus à la gastronomie comme vecteur d'image : elle est accessible, elle crée des souvenirs, et elle donne envie de connaître le reste.
La cuisine a un avantage sur d'autres formes de communication : on y participe avec tous ses sens, et on la partage. Elle transforme un visiteur en invité.
L'exemple éthiopien : injera et café
La cuisine éthiopienne est reconnaissable dès la première bouchée. Trois éléments la portent à l'étranger :
- L'injera, pain plat fermenté qui sert à la fois d'assiette et de couvert. On y dépose plusieurs sauces, on déchire, on partage. Le repas devient collectif.
- Le beyaynetu, assiette de sept plats de jeûne vegans, qui donne une entrée facile dans la cuisine du pays, y compris pour des convives végétaliens.
- La cérémonie du café, rituel d'accueil en trois tours, Abol, Tona, Baraka, que nous présentons dans notre article sur la cérémonie du café comme langage d'hospitalité.
Ces éléments forment un ensemble cohérent, avec ses gestes et son vocabulaire, qui laisse une impression durable.
L'exemple sénégalais : le thiéboudienne
Le thiéboudienne, riz cuit dans une sauce tomate parfumée servi avec du poisson et des légumes, est le plat national du Sénégal. Il a été inscrit en 2021 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Cette reconnaissance a donné au plat, et à la culture de la table sénégalaise, une visibilité internationale. La teranga, l'hospitalité sénégalaise, s'y lit dans le fait de manger à un grand plat commun.
Autres plats emblématiques : le mafé, ragoût à la sauce arachide ; le supou kanja, soupe épaisse au gombo ; le poulet yassa, mariné au citron et aux oignons caramélisés.
Ce que les deux traditions ont en commun
Les cuisines éthiopienne et sénégalaise ne se ressemblent pas dans leurs saveurs. Elles partagent pourtant une même logique : le repas se prend ensemble, autour d'un plat commun, et l'accueil est un devoir. Ce point commun explique pourquoi elles se répondent si bien à table.
Une cuisine qui sert le dialogue entre pays
Pour une ambassade, une organisation ou une entreprise, proposer un repas qui fait connaître une culture est une façon simple de faire de la diplomatie douce. Nos articles sur le dîner diplomatique à Dakar et sur les réceptions d'ambassade montrent comment organiser cela.
Ce que fait ge'eza
ge'eza sert la cuisine éthiopienne à Point E, au 656 avenue Birago Diop : petit-déjeuner éthiopien de 8h à 11h, plats de jeûne vegans, doro wot, tibs, kitfo à commander 24 heures à l'avance, tej et birz, café de spécialité éthiopien. Du mardi au vendredi, le midi, un plat sénégalais du jour : mafé, thiéboudienne, supou kanja, poulet yassa. Le gomen est sourcé chez Growing Life Farm, une ferme dirigée par des femmes à Dakar.
Ouvert du mardi au dimanche, de 8h à 22h. Pour venir : réserver ou écrire au +221 78 660 07 07.
Comment un plat devient un ambassadeur
Un plat ne voyage pas seul. Pour qu'il fasse connaître un pays, il faut des lieux qui le servent bien, des personnes qui l'expliquent et des occasions de le goûter. Le repas éthiopien en est un bon exemple : on ne le consomme pas comme un simple menu, on entre dans un rituel. On se lave les mains, on partage un grand plat, on reçoit une bouchée de la main d'un voisin de table, geste appelé gursha. Chaque détail raconte quelque chose de la manière dont on reçoit.
La même chose vaut pour un repas sénégalais autour d'un plat commun : la place de chacun, la manière de servir l'invité en premier, la conversation qui s'installe. Ces gestes ne s'apprennent pas dans une brochure ; ils se transmettent à table.
Ce que les institutions en retiennent
Plusieurs pays et organisations culturelles reconnaissent désormais la cuisine comme partie intégrante de leur patrimoine. L'inscription du thiéboudienne par l'UNESCO en 2021 en témoigne : il ne s'agit pas seulement d'une recette, mais d'un ensemble de savoir-faire, de gestes et de pratiques sociales autour du plat. C'est une reconnaissance de la cuisine comme culture vivante, et non comme simple curiosité gastronomique.
Du côté éthiopien, la cérémonie du café et les fêtes qui rythment l'année, présentées dans notre article sur le calendrier éthiopien ou dans celui sur Meskel, montrent la même logique : la table est un lieu où une société transmet ses valeurs.
Des produits d'ici pour une cuisine d'ailleurs
Faire connaître une cuisine étrangère à Dakar ne veut pas dire tout importer. Chez ge'eza, le gomen est sourcé chez Growing Life Farm, ferme dirigée par des femmes à Dakar, et le birz, l'eau de miel éthiopienne, se prépare avec du miel sénégalais. Les recettes restent éthiopiennes, les produits sont locaux : c'est un exemple de dialogue concret, qui se goûte plus qu'il ne se démontre.
Quelques repères pour un repas de rapprochement
Si vous voulez utiliser la cuisine pour rapprocher des interlocuteurs, quelques principes simples suffisent :
- Choisir un plat qui se partage, pour que la conversation naisse du repas lui-même.
- Prévoir des options pour tous les régimes : les plats de jeûne éthiopiens étant vegans, ils permettent à chacun de manger la même chose.
- Expliquer sans en faire trop : une phrase sur l'origine du plat suffit, la curiosité fait le reste.
- Terminer par un temps lent, comme le café, qui laisse la conversation se prolonger.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le soft power culinaire ?
C'est l'influence culturelle d'un pays par sa cuisine : elle crée de la sympathie et de la curiosité pour sa culture.
Le thiéboudienne est-il reconnu par l'UNESCO ?
Oui, il a été inscrit en 2021 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Que goûter pour découvrir la cuisine éthiopienne ?
Le beyaynetu, qui réunit sept plats de jeûne sur une assiette d'injera, est la porte d'entrée idéale.
Peut-on goûter les deux cuisines dans un même repas ?
Du mardi au vendredi, le midi, on peut commander le plat sénégalais du jour et un plat éthiopien à partager.

