ge’eza
Tout le journal

Dakar · 28 septembre 2026

Éthiopie et Sénégal : les liens historiques entre les deux pays

Senghor et Haïlé Sélassié, la fondation de l'OUA à Addis-Abeba en 1963, le Festival mondial des arts nègres de 1966 à Dakar : ce qui relie l'Éthiopie et le Sénégal, sans raccourci.

5 min de lecturege'ezaRead this article in English
Portrait de Maraki Germa Bekele, fondatrice de ge'eza, dans la villa de Point E

L'Éthiopie et le Sénégal sont reliés par une histoire commune plus panafricaine que bilatérale : l'Éthiopie, symbole de l'indépendance africaine, a accueilli à Addis-Abeba en 1963 la fondation de l'Organisation de l'unité africaine, à laquelle le Sénégal a participé ; et Dakar a organisé en 1966 le Festival mondial des arts nègres, moment fort de la célébration des cultures africaines. Deux pays éloignés sur la carte, proches par les idées.

L'Éthiopie, un symbole pour les indépendances

Dans l'imaginaire de nombreux mouvements africains du XXe siècle, l'Éthiopie occupe une place à part : elle est l'un des rares pays du continent à avoir échappé à la colonisation durable, malgré l'occupation italienne de 1936 à 1941. À l'époque des indépendances, cette histoire donnait à Addis-Abeba une valeur symbolique forte, que l'empereur Haïlé Sélassié a incarnée sur la scène internationale.

Le Sénégal de Senghor

Le Sénégal devient indépendant en 1960, avec Léopold Sédar Senghor comme premier président. Poète, penseur de la négritude, Senghor a fait de la culture un pilier de la politique du pays. Son projet : que l'Afrique se présente au monde par ses arts et ses idées, pas seulement par ses ressources.

Ces deux trajectoires, celle d'un empire ancien ayant conservé son indépendance et celle d'une jeune république portée par la culture, se rejoignent dans le mouvement plus large du panafricanisme.

1963 : Addis-Abeba et l'OUA

En mai 1963, une trentaine d'États africains indépendants se réunissent à Addis-Abeba pour fonder l'Organisation de l'unité africaine. Le Sénégal fait partie des pays présents. Addis-Abeba devient alors le lieu où se pense la coopération entre États africains, et elle accueille aujourd'hui le siège de l'Union africaine, qui a succédé à l'OUA. Nous y revenons dans notre article sur Addis-Abeba et Dakar, deux capitales.

1966 : Dakar et le Festival mondial des arts nègres

Trois ans plus tard, Dakar organise le Festival mondial des arts nègres, avec le soutien de l'UNESCO. Pendant plusieurs semaines, des artistes, écrivains et musiciens venus d'Afrique et de sa diaspora se retrouvent dans la capitale sénégalaise. Le festival a laissé une empreinte durable sur la vie culturelle de la ville, détaillée dans notre article sur le Festival de 1966. Nous ne détaillons pas ici la participation exacte de chaque pays, pour ne rien avancer d'inexact.

Ce qui reste aujourd'hui

Les liens entre les deux pays ne se résument pas à ces deux dates. Ils s'expriment aujourd'hui dans des rencontres plus discrètes : diplomates, étudiants, entrepreneurs, artistes, familles éthiopiennes installées à Dakar. Ce mélange se lit à table, dans les galeries, dans les fêtes. Notre article sur la présence éthiopienne à Dakar en donne un aperçu.

Où ce fil se prolonge à Dakar

C'est dans ce contexte que s'inscrit ge'eza. La maison, au 656 avenue Birago Diop à Point E, est un restaurant éthiopien, une galerie et un lieu d'événements fondé par Maraki Germa Bekele, éthiopienne. On y sert du foul au petit-déjeuner, de l'injera, des plats de jeûne vegans, du doro wot, et du mardi au vendredi un plat sénégalais du jour : mafé le mardi, thiéboudienne le mercredi, supou kanja le jeudi, poulet yassa le vendredi. La galerie expose des artistes d'Afrique de l'Est et de l'Ouest.

Autrement dit, ce que l'histoire a construit à l'échelle des États, la maison le propose à l'échelle d'une table : deux traditions culinaires et deux scènes artistiques dans une même villa. Pour vivre ce dialogue, on peut réserver une table ou passer voir la galerie.

Pour aller plus loin

Si le sujet vous intéresse, trois pistes de lecture générales : les textes de Senghor sur la négritude, l'histoire de la fondation de l'OUA, et les catalogues du Festival de 1966. Ils permettent de vérifier et d'approfondir ce qui est résumé ici.

Deux visions de la culture comme force

Pour Senghor, la culture précède la politique : elle donne aux peuples la confiance nécessaire pour négocier d'égal à égal. Du côté éthiopien, l'ancienneté de l'État, de l'Église orthodoxe, de l'écriture guèze et du calendrier a nourri un sentiment d'identité très marqué. Ces deux conceptions ne sont pas identiques, mais elles aboutissent à la même conviction : l'Afrique a des apports propres à présenter au monde.

Ce que ces liens enseignent aux organisateurs de rencontres

Quand on réunit aujourd'hui des interlocuteurs éthiopiens et sénégalais, il est utile de connaître ce contexte. Un mot sur la fondation de l'OUA ou sur le festival de 1966 montre qu'on ne vient pas seulement pour un dossier. Cela ouvre la conversation, et l'on trouve vite des sujets communs : la table, le café, la musique, les arts visuels.

Lire et écouter pour aller plus loin

Outre les textes de Senghor, on peut lire des travaux d'historiens sur le panafricanisme et sur l'histoire éthiopienne, écouter des archives radio de l'époque, ou visiter les musées de Dakar consacrés aux civilisations africaines. Ces sources permettent de vérifier chaque point de cet article et d'y ajouter des nuances.

Questions fréquentes

L'Éthiopie et le Sénégal ont-ils des liens historiques directs ?

Ils partagent surtout une histoire panafricaine : la fondation de l'OUA à Addis-Abeba en 1963 et le Festival mondial des arts nègres de Dakar en 1966 sont les grands repères communs.

Pourquoi l'Éthiopie occupe-t-elle une place symbolique dans l'histoire africaine ?

Parce qu'elle a préservé son indépendance pendant la période coloniale, à l'exception de l'occupation italienne de 1936 à 1941, ce qui en a fait une référence pour les mouvements d'indépendance.

Où l'Union africaine a-t-elle son siège ?

À Addis-Abeba, où avait déjà été fondée l'Organisation de l'unité africaine en 1963.

Peut-on découvrir la cuisine éthiopienne à Dakar ?

Oui, à ge'eza, du mardi au dimanche de 8h à 22h. Le petit-déjeuner éthiopien est servi de 8h à 11h.

À lire aussi