Dakar · 6 octobre 2026
Bataille d'Adoua 1896 : la victoire éthiopienne et l'Afrique
Adoua, 1er mars 1896 : l'armée éthiopienne de Ménélik II bat l'armée italienne. Pourquoi cette victoire est un symbole panafricain et ce qu'elle dit des liens entre l'Éthiopie et le reste du continent.

Le 1er mars 1896, près d'Adoua, dans le nord de l'Éthiopie, l'armée de l'empereur Ménélik II a battu l'armée italienne. Cette victoire a permis à l'Éthiopie de rester indépendante au moment où l'essentiel du continent était partagé entre puissances coloniales européennes. Elle est devenue un symbole panafricain : celui d'un pays africain qui a tenu tête à une armée européenne. Elle dit aussi beaucoup des liens de l'Éthiopie avec le reste de l'Afrique.
Le contexte
À la fin du XIXe siècle, les puissances européennes se partagent l'Afrique, un mouvement que l'on associe à la conférence de Berlin de 1884-1885 et à la période qui suit. L'Italie, qui cherche à bâtir un empire colonial, s'installe sur la côte de la mer Rouge, en Érythrée, et lorgne sur l'Éthiopie.
En 1889, l'Italie et l'Éthiopie signent le traité de Wuchale. Ses versions italienne et amharique diffèrent sur un article, le célèbre article 17 : selon la version italienne, l'Éthiopie devait passer par l'Italie pour ses relations extérieures, ce qui revenait à un protectorat. Selon la version amharique, il ne s'agissait que d'une faculté. Ménélik II dénonce la lecture italienne, et le désaccord conduit à la guerre.
La bataille
Les forces éthiopiennes, rassemblées par Ménélik II, affrontent l'armée italienne, commandée par le général Baratieri, le 1er mars 1896 près d'Adoua. L'issue est une défaite lourde pour l'Italie. L'impératrice Taytu Betul, épouse de Ménélik, est généralement reconnue comme ayant joué un rôle important dans la mobilisation et la conduite de la campagne.
Nous ne donnons pas de chiffres d'effectifs ni de pertes, car les estimations varient selon les sources. Ce qui est établi, c'est le résultat : la victoire éthiopienne.
Les conséquences
Quelques mois plus tard, en octobre 1896, le traité d'Addis-Abeba reconnaît l'indépendance de l'Éthiopie. Le pays reste l'un des rares États africains à ne pas avoir été colonisé au cours de cette période. Une occupation italienne a eu lieu plus tard, de 1936 à 1941, mais elle n'a pas effacé le symbole d'Adoua, et l'indépendance éthiopienne a été rétablie.
Chaque année, l'Éthiopie commémore la victoire d'Adoua, au début du mois de mars.
Un symbole panafricain
Pourquoi cette bataille parle-t-elle bien au-delà de l'Éthiopie ? Parce qu'elle a montré qu'un État africain pouvait résister à une armée européenne. Cela a nourri, au fil du XXe siècle, l'idée d'une fierté africaine et d'une solidarité entre les peuples du continent.
Les couleurs vert, jaune et rouge du drapeau éthiopien ont inspiré les emblèmes de plusieurs mouvements et pays africains, et sont souvent évoquées comme les couleurs du panafricanisme. Addis-Abeba a accueilli en 1963 la fondation de l'Organisation de l'unité africaine, devenue l'Union africaine, dont le siège s'y trouve toujours. Pour prolonger, lisez Éthiopie et Sénégal : les liens historiques et panafricanisme et art contemporain.
Adoua vue de Dakar
Pourquoi parler d'Adoua dans un guide consacré à Dakar ? Parce que le symbole voyage. Les jeunesses africaines, au Sénégal comme ailleurs, connaissent cette histoire comme un récit de dignité. Un lieu comme Ge'eza, à Point E, se présente comme un pont entre deux Afriques, l'éthiopienne et la sénégalaise. Connaître Adoua, c'est comprendre pourquoi l'Éthiopie occupe une place particulière dans l'imaginaire du continent.
On aurait tort de tout ramener à une bataille. L'Éthiopie est aussi un pays de livres, d'églises, d'écriture et de café. La bataille est un jalon parmi d'autres, mais celui qui a le plus marqué les mémoires hors des frontières.
Du récit à la table
L'histoire s'apprend dans les livres, mais elle se transmet aussi par les gestes. Chez Ge'eza, la cérémonie du café éthiopienne en est un exemple : le café est torréfié, moulu à la main et infusé dans une jebena en argile, puis servi en trois tours, Abol, Tona et Baraka, environ 45 minutes en tout, pour 5 000 F par personne (Abol 2 500, Tona 2 000, Baraka 1 500). C'est un moment pour parler, et il est fréquent que la conversation aille vers l'histoire. Il est préférable de réserver 24h à l'avance, surtout en groupe, avec une confirmation par WhatsApp. Les détails se trouvent sur la page cérémonie du café.
Pour aller plus loin
Quelques lectures utiles pour prolonger cette entrée : des ouvrages d'histoire sur l'Éthiopie et la colonisation de l'Afrique, des études sur le panafricanisme, et les récits d'historiens éthiopiens et africains sur la période. Choisissez des sources qui citent leurs références, car la bataille a donné lieu à beaucoup de chiffres contradictoires.
Venir à Ge'eza
La maison est ouverte du mardi au dimanche, de 8h à 22h, au 656 avenue Birago Diop, Point E, et fermée le lundi. Pour en savoir plus sur le lieu et son projet, la page à propos présente la fondatrice, Maraki Germa Bekele, et l'idée de la maison.
Lire sur le sujet sans se perdre
Les récits de la bataille varient selon les auteurs, les points de vue et les époques. Pour s'y retrouver, comparez plusieurs sources, notez les dates et les noms qui reviennent partout (Ménélik II, l'impératrice Taytu, 1896) et méfiez-vous des chiffres trop précis. L'essentiel tient en peu de mots, et le reste est affaire de nuances.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu la bataille d'Adoua ?
Le 1er mars 1896, près d'Adoua, dans le nord de l'Éthiopie.
Qui a gagné ?
L'armée éthiopienne de l'empereur Ménélik II a battu l'armée italienne.
Pourquoi est-elle un symbole panafricain ?
Parce qu'elle a montré qu'un État africain pouvait résister à une armée européenne et conserver son indépendance à l'époque du partage colonial.
L'Éthiopie a-t-elle toujours été indépendante ?
Elle a conservé son indépendance, avec une occupation italienne de 1936 à 1941, après laquelle l'indépendance a été rétablie.


